Quand Jean Dujardin passe à la taille format réduit, cela ne laisse personne indifférent. La nouvelle adaptation du roman culte de Richard Matheson, L’homme qui rétrécit, propulse la superstar française dans la peau (resserrée, il va sans dire) de Paul, un homme dont l’existence va littéralement se voir réduite à peau de chagrin. Mais le voyage entre science-fiction, introspection et expérimentations visuelles ne convainc pas tout le monde. Décryptage d’un film qui divise, entre envolées ambitieuses et maladresses inattendues.
Contenus de l'article
ToggleUn départ à triple dose d’humilité
Dès les premières minutes, L’homme qui rétrécit décide de ne pas faire les choses à moitié (et ce n’est pas qu’une blague sur la taille !). Le film commence avec non pas un, ni deux, mais trois rappels décidés de la modestie de notre place dans l’univers. Il y a d’abord une longue citation de Matheson, l’auteur du roman et grande figure de la science-fiction américaine (on pense forcément à la version de Jack Arnold, 1957). Ensuite, des plans cinématographiques qui isolent Paul, incarné par Jean Dujardin, en plein milieu de l’océan, aussi perdu que minuscule. Enfin, la voix-off grave de Paul vient marteler ce que l’image avait déjà suggéré… Le réalisateur Jan Kounen semble donc déterminé à enfoncer le clou : nous sommes, vous, moi et Jean Dujardin inclus, de simples poussières dans le cosmos, et il tient absolument à ce qu’on l’ait bien compris avant d’aller plus loin.
Devenir petit, ce n’est pas simple
Passer à autre chose, voilà ce que s’efforce justement de faire Paul. Le point de départ est digne d’un scénario improbable : à la suite d’une virée en mer marquée par un étrange phénomène météorologique – imaginez une spirale nuageuse pile au-dessus de lui – notre héros se met à… rétrécir. Progressivement, certes, d’abord quelques manches de chemises trop longues puis quelques centimètres en moins qui mettent son ego à rude épreuve. Mais très vite, le phénomène prend de l’ampleur. Résultat ? Sa relation avec sa femme Elise, la vie avec leur fille Mia et, bien sûr, la direction de sa société de construction navale, tout part de travers. Paul finit par mener une existence recluse, condamné à survivre parmi des maisons de poupées, insectes et épingles – pas tout à fait le rêve du constructeur naval.
Quand l’introspection vire à la maladresse
Le film, pourtant parti pour être une grande parabole existentialiste et survivaliste, tombe malheureusement dans certains panneaux. Ce chemin initiatique est dévoilé trop tôt, trop vite, et – disons-le – avec des gros sabots. Entre citations un peu vides du style « En fait d’agir on ne fait que réagir » ou « On dit que vivre c’est apprendre à mourir ; peut-être faut-il mourir pour apprendre à vivre », on a parfois l’impression d’être dans un recueil de maximes bien trop sérieuses, à la limite de la pub inspirante. Cette lourdeur est d’autant plus regrettable que Jan Kounen, connu pour Dobermann ou 99 francs, a de belles idées de mise en scène, avec des trouvailles visuelles qui tirent profit du généreux budget de 21 millions d’euros – une alliance qui tombe, un pommeau de douche transformé en Tour Eiffel, des perspectives surprenantes. Mais faute d’un montage vraiment dynamique, tout cela reste malheureusement à l’état d’esquisse.
Audace et frissons : le film ne lâche rien… jusqu’à la cave
Il serait injuste de nier au film son audace. L’homme qui rétrécit va au bout de son point de vue, ose s’aventurer là où peu de productions françaises posent leurs caméras. Un parti pris rare, notamment quand l’intrigue s’aventure dans une dernière partie à l’atmosphère parfois horrifique, située principalement dans la cave familiale. Là, Paul, littéralement coincé, doit affronter des araignées dans des scènes filmées au plus près, qui exploitent à fond la confrontation entre deux êtres habituellement séparés par un gouffre de taille (et pas seulement sur l’écran !). Dans des plans silencieux, tendus, face à des obstacles démesurés, Dujardin parvient à exprimer toute la vulnérabilité d’un homme superstar réduit – c’est le cas de le dire – à portion congrue.
- Un parcours existentiel porté par une grande star du cinéma français
- Une mise en scène inventive mais parfois inégale
- Une direction artistique audacieuse, surtout dans la dernière partie
- Un accueil critique partagé, entre admiration et frustration
En définitive, L’homme qui rétrécit est un OVNI à la française, qui n’a pas peur d’embrasser la science-fiction et l’introspectif, quitte à se perdre parfois dans ses ambitions. Reste à savoir si, une fois sortis de la salle, vous vous sentirez vous aussi tout petit… ou tout simplement ravi d’avoir vu Jean Dujardin sous un tout nouveau jour.











