The Godsend (1980), réalisé par Gabrielle Beaumont, est un film d’horreur aussi déstabilisant qu’ambigu. L’histoire suit la famille Marlowe qui accueille un bébé abandonné par une mystérieuse étrangère vêtue de blanc. Peu après l’arrivée de la petite Bonnie aux cheveux blonds platine, les enfants biologiques de la famille commencent à mourir dans des circonstances troublantes. Mais contrairement aux films d’enfants maléfiques classiques, The Godsend cultive délibérément le doute : Bonnie est-elle vraiment responsable de ces tragédies, ou le film explore-t-il plutôt les angoisses parentales et la fragilité de l’idylle domestique ? Cette conclusion ouverte, où l’étrangère réapparaît enceinte auprès d’une nouvelle famille, laisse le spectateur avec plus de questions que de réponses.
Contenus de l'article
ToggleVoici les éléments essentiels pour décrypter ce thriller psychologique glaçant :
| Élément | Explication |
|---|---|
| L’Étrangère | Femme mystérieuse (Angela Pleasence) qui abandonne son bébé avant de disparaître |
| Bonnie | L’enfant « coucou » aux cheveux blonds, potentiellement responsable des morts |
| Les décès d’enfants | Mort subite du nourrisson, noyade, accidents – ambiguïté sur la responsabilité de Bonnie |
| Le syndrome de mort subite | Contexte historique des années 70-80 où les craintes autour du SIDS étaient à leur apogée |
| La fin ouverte | L’Étrangère approche une nouvelle famille, le cycle recommence sans explication |
Bonnie est-elle vraiment un enfant maléfique ?

C’est toute l’ambiguïté du film. Contrairement aux enfants clairement diaboliques du cinéma d’horreur, Bonnie reste énigmatique. Nous ne voyons jamais directement son implication dans les décès qui frappent la famille Marlowe. Le premier drame survient lorsque le jeune bébé de la famille meurt dans son berceau peu après l’arrivée de Bonnie. Bien que le film nous encourage à croire que Bonnie en est responsable, aucune preuve directe n’est montrée.
L’un des fils Marlowe se noie ensuite dans un étang, un décès qui évoque davantage les films d’information publique britanniques des années 70 sur les dangers domestiques que l’horreur surnaturelle. Il y a bien une scène où Bonnie lance méchamment une balançoire sur quelqu’un dans un parc, prouvant sa capacité à la violence délibérée, mais pour le reste, le doute persiste.
Cette ambiguïté distingue The Godsend d’un film comme Village of the Damned (auquel les cheveux blonds de Bonnie font une allusion peut-être trop évidente). Le film joue sur deux tableaux : l’enfant potentiellement maléfique ET les angoisses réelles des parents face à la mort infantile.
Quel est le contexte historique des morts d’enfants dans le film ?
The Godsend a été réalisé à une période où les craintes autour de la « mort subite du nourrisson » (aujourd’hui appelée Syndrome de Mort Subite du Nourrisson ou SIDS) atteignaient leur paroxysme. Entre les années 70 et le début des années 90, le SIDS faisait l’objet de nombreux débats, culminant avec la campagne Back to Sleep de 1991 qui conseillait aux parents de coucher les bébés sur le dos plutôt que sur le ventre.
Le SIDS reste une condition mystérieuse avec probablement de multiples causes, l’étiquette désignant simplement le contexte du décès. En ancrant son récit dans ces préoccupations très réelles, le film crée un malaise qui dépasse le simple registre du surnaturel. La représentation documentaire et factuelle de la mort infantile dans The Godsend fait écho aux angoisses quotidiennes des parents de jeunes enfants : chutes dans les étangs, défenestrations, accidents domestiques.
Le film utilise ces peurs authentiques comme toile de fond, brouillant la frontière entre tragédie naturelle et intervention maléfique.
Qui est vraiment l’Étrangère jouée par Angela Pleasence ?

Aucune explication n’est jamais donnée sur l’identité de cette femme mystérieuse vêtue de blanc. Elle apparaît chez les Marlowe comme un chat errant venant mettre bas, accouche de Bonnie dans la chambre d’amis, puis disparaît sans laisser de traces.
Angela Pleasence (fille de Donald Pleasence) apporte à ce personnage une présence naturellement dérangeante. L’Étrangère fonctionne comme une force inexplicable, presque mythologique, qui dépose un « coucou » dans le nid d’une famille sans méfiance.
Le film ne nous dit jamais si elle est une entité surnaturelle, une mère porteuse d’une malédiction, ou simplement une femme perturbée abandonnant des enfants problématiques. Cette absence totale de résolution fait partie intégrante de l’approche du film.
Que signifie la fin ouverte du film ?
À la fin de The Godsend, l’Étrangère réapparaît, enceinte à nouveau, s’approchant d’une autre famille sans méfiance dans un parc. Le cycle recommence, sans qu’aucune explication ne soit fournie sur sa nature, ses motivations ou le destin de Bonnie.
Cette conclusion frustrante pour certains spectateurs est en réalité l’un des points forts du film. Plutôt que de tout expliquer, The Godsend laisse le mystère intact. Combien de familles ont été touchées avant les Marlowe ? Combien le seront après ? L’Étrangère continuera-t-elle indéfiniment à semer le chaos dans des foyers innocents ?
Cette fin refuse le confort d’une résolution nette, maintenant le spectateur dans un état d’inquiétude persistante bien après le générique.
En quoi The Godsend diffère-t-il de The Bad Seed ?
The Bad Seed (1956), adapté du roman de William March publié en 1954, présente Rhoda Penmark, une fillette calculatrice et écœurante de gentillesse qui élimine méthodiquement quiconque la contrarie ou possède quelque chose qu’elle convoite. Elle pousse une vieille dame dans les escaliers pour hériter d’un souvenir, et précipite un camarade de classe dans une rivière pour s’approprier une médaille scolaire.
The Bad Seed est un film merveilleusement malaisé, en grande partie grâce à l’émotion brute des acteurs. Lorsque Mme Daigle (Eileen Heckart), sombrant dans l’alcoolisme après la mort de son jeune fils, s’effondre dans la maison des Penmark, sa détresse angoissée est déchirante à regarder.
Mais comme The Godsend, The Bad Seed ne parle pas vraiment d’enfants maléfiques. Ces films explorent plutôt le chagrin humain et les turbulences des relations familiales. Les deux œuvres nous choquent en montrant avec quelle facilité la mort peut frapper des foyers ordinaires de familles de classe moyenne, et avec quelle rapidité l’idylle domestique peut voler en éclats.
Pourquoi le film n’a-t-il pas été bien accueilli à sa sortie ?
Cette absence de clarté explique probablement pourquoi The Godsend n’a pas été particulièrement bien reçu lors de sa sortie. Bien que le roman de 1976 de Bernard Taylor soit explicitement présenté comme de l’horreur (sans surprise dans une décennie qui a également produit L’Exorciste et The Other), la version cinématographique est moins explicite.
Le film a sans doute déçu certains spectateurs qui le découvraient en double programme avec Schizoid, le film avec Klaus Kinski. The Godsend partage plus d’ADN avec Don’t Look Now de Nicolas Roeg, bien que sans la splendeur vénitienne et le flair visuel du film de Roeg (même si The Godsend utilise de manière intéressante des séquences en noir et blanc).
La campagne anglaise bucolique semble désolée et menaçante, pour être remplacée vers la fin du film par un environnement urbain tout aussi dangereux.
Le film parle-t-il vraiment d’enfants maléfiques ou d’autre chose ?

The Godsend fonctionne sur plusieurs niveaux. En surface, c’est un thriller sur un enfant potentiellement démoniaque. Mais en profondeur, c’est une exploration des dynamiques familiales et des pressions exercées sur les couples.
Bien qu’ils semblent être un couple merveilleusement heureux en apparence, Alan Marlowe exige que sa femme Kate choisisse entre Bonnie et leur fille biologique Lucy. Tout au long du film, on rappelle la frustration de Kate face à ces décisions binaires, comme abandonner sa carrière pour incarner l’idéale femme au foyer.
Le film interroge les sacrifices genrés attendus des mères, la fragilité des structures familiales, et comment les tragédies peuvent révéler les fissures cachées dans des mariages apparemment solides. Kate est-elle vraiment libre de ses choix, ou est-elle prisonnière d’un rôle maternel étouffant ?
Cette lecture féministe du film le place aux côtés d’autres œuvres des années 70 qui questionnaient les normes domestiques et les attentes envers les femmes.
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Pourquoi ce film reste-t-il pertinent aujourd’hui ?
Comme l’a souligné Heidi Honeycutt lors du Festival of Fantastic Films de Manchester en octobre 2024, The Godsend est un film « sophistiqué » et « déchirant » qui appartient au genre du « tragedy porn » (pornographie tragique).
Le film reste pertinent parce qu’il refuse de fournir des réponses faciles. Il nous force à nous interroger sur nos propres interprétations : voyons-nous un enfant maléfique parce que nous voulons une explication rationnelle aux tragédies ? Ou acceptons-nous que parfois, les malheurs frappent sans raison, sans coupable identifiable ?
Cette ambiguïté fondamentale fait de The Godsend un film qui continue de hanter l’esprit longtemps après le visionnage, bien plus efficacement que ne le feraient des explications surnaturelles explicites.













