L’abus de faiblesse est un délit grave qui vise à protéger les personnes vulnérables contre les manipulations et l’exploitation. Oui, il est tout à fait possible de porter plainte pour abus de faiblesse en France. Ce délit, puni par l’article 223-15-2 du Code pénal, concerne les situations où une personne exploite la vulnérabilité d’un mineur ou d’un majeur (due à l’âge, une maladie, un handicap, une grossesse ou l’ignorance) pour le pousser à accomplir un acte qui lui est gravement préjudiciable, comme des dons excessifs, des contrats défavorables ou des retraits bancaires suspects.
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ToggleComprendre ce qui constitue un abus de faiblesse et connaître les démarches pour porter plainte permet de mieux protéger les personnes vulnérables. Dans cet article, on t’explique précisément ce qu’est l’abus de faiblesse au sens juridique, qui peut porter plainte, comment déposer plainte concrètement, quelles preuves réunir pour appuyer ta démarche, et les sanctions encourues par l’auteur de l’abus.
L’abus de faiblesse est puni de 3 ans de prison et 375 000 € d’amende, pouvant être aggravé à 5 ans et 750 000 € si la victime est mineure ou si une secte est impliquée.
Voici les informations essentielles sur la plainte pour abus de faiblesse :
| Aspect | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Définition légale | Exploitation frauduleuse de la vulnérabilité d’une personne pour obtenir un acte ou abstention gravement préjudiciable |
| Victimes typiques | Personnes âgées, handicapées, malades (Alzheimer, etc.), mineurs, personnes en situation d’ignorance |
| Qui peut porter plainte | La victime, ses proches (famille, héritiers), témoins, associations de protection |
| Où déposer plainte | Commissariat, gendarmerie, ou par courrier au procureur de la République |
| Sanctions de base | 3 ans de prison et 375 000 € d’amende |
| Sanctions aggravées | 5 ans de prison et 750 000 € d’amende (mineur, secte, bande organisée) |
⚠️ À RETENIR
- ✓ L’intention frauduleuse doit être prouvée : il faut démontrer que l’auteur connaissait la vulnérabilité et en a profité consciemment
- ✓ Le délai de prescription est de 6 ans à compter de la découverte des faits, il faut donc agir rapidement
- ✓ Une action civile parallèle peut être menée pour annuler les actes obtenus par l’abus (donations, ventes, contrats)
- ✓ L’aide juridictionnelle est possible pour financer un avocat si tu n’as pas les moyens de le payer
- ✓ Le numéro 116 006 (France Victimes) offre une écoute et des conseils gratuits aux victimes d’abus de faiblesse
Qu’est-ce que l’abus de faiblesse au sens juridique ?

L’abus de faiblesse est un délit pénal défini par l’article 223-15-2 du Code pénal. Il consiste à exploiter frauduleusement l’état de vulnérabilité d’une personne pour lui faire accomplir un acte ou une abstention qui lui est gravement préjudiciable. Cette vulnérabilité peut résulter de plusieurs facteurs : l’âge avancé, une maladie physique ou mentale, une infirmité, un handicap, une grossesse, ou encore une situation d’ignorance ou de dépendance psychologique.
Pour qu’il y ait abus de faiblesse au sens juridique, trois éléments doivent être réunis. D’abord, un état de vulnérabilité de la victime qui doit être apparent ou connu de l’auteur de l’abus. Cette vulnérabilité peut être physique (maladie, handicap, grand âge), psychique (troubles cognitifs, dépression, isolement), ou liée à l’ignorance (méconnaissance du français, analphabétisme, manque de culture juridique). Ensuite, une exploitation frauduleuse de cette vulnérabilité, ce qui signifie que l’auteur a conscience de la faiblesse de la victime et en profite délibérément pour obtenir quelque chose. Enfin, un acte gravement préjudiciable pour la victime, qu’il s’agisse d’un acte positif (signature d’un contrat, don d’argent, vente d’un bien) ou d’une abstention (renoncement à un droit, à un héritage).
Les victimes typiques de l’abus de faiblesse sont souvent des personnes âgées isolées qui peuvent être manipulées pour faire des dons importants, signer des contrats désavantageux, ou modifier leur testament. Les personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer sont particulièrement vulnérables car leurs capacités de discernement sont altérées. Les personnes handicapées mentalement ou physiquement peuvent aussi être victimes d’exploitation. Les mineurs, surtout s’ils sont isolés ou en situation de détresse, peuvent être poussés à des actes contraires à leurs intérêts.
Les situations concrètes d’abus de faiblesse sont variées. Dans le contexte successoral, un héritier peut manipuler une personne âgée pour obtenir une donation importante ou la faire renoncer à ses droits. Le démarchage abusif à domicile vise souvent des personnes vulnérables qu’on pousse à signer des contrats ruineux (travaux surfacturés, abonnements inutiles, crédits excessifs). Les relations de confiance dévoyées sont aussi fréquentes : un aide à domicile, un voisin, ou même un membre de la famille qui profite de sa proximité avec la personne vulnérable pour obtenir de l’argent ou des biens. Enfin, les dérives sectaires exploitent la fragilité psychologique de personnes en quête de sens pour leur soutirer de l’argent ou les couper de leur entourage.
Qui peut porter plainte pour abus de faiblesse ?
Plusieurs personnes ont qualité pour porter plainte lorsqu’un abus de faiblesse est constaté ou suspecté. La victime elle-même peut porter plainte si elle prend conscience qu’elle a été manipulée ou exploitée. Même si elle est en situation de vulnérabilité, elle conserve le droit de saisir la justice. Elle peut agir seule si elle en a la capacité, ou se faire accompagner par un proche, un avocat ou une association.
Les proches de la victime ont également le droit d’agir. La famille (enfants, frères et sœurs, conjoint, parents) peut porter plainte si elle constate que la personne vulnérable est victime d’une exploitation. Cette démarche est souvent initiée par des membres de la famille inquiets de voir le patrimoine familial dilapidé ou leur proche manipulé. Les héritiers présomptifs peuvent aussi agir, notamment s’ils découvrent que des donations suspectes ou des modifications de testament ont été obtenues par abus de faiblesse, portant atteinte à leurs droits successoraux.
Toute personne témoin d’un abus de faiblesse peut signaler les faits et porter plainte, même sans lien familial avec la victime. Un voisin, un ami, un professionnel de santé qui constate une situation anormale a le droit et même parfois le devoir d’alerter les autorités. Les professionnels comme les médecins, infirmiers ou travailleurs sociaux peuvent signaler des situations préoccupantes, tout en respectant le secret professionnel qui comporte des exceptions en cas de danger pour une personne vulnérable.
Les associations de protection des personnes vulnérables (lutte contre la maltraitance des personnes âgées, protection de l’enfance, défense des personnes handicapées) peuvent porter plainte ou se constituer partie civile pour soutenir les victimes. Ces organisations connaissent bien les mécanismes de l’abus de faiblesse et peuvent accompagner efficacement les démarches judiciaires.
Les notaires peuvent également signaler des situations suspectes lorsqu’ils sont sollicités pour rédiger des actes qui leur semblent anormaux compte tenu de la situation de la personne (donations disproportionnées, testaments surprenants, ventes à prix anormalement bas). Leur devoir de conseil et de vigilance les conduit parfois à refuser de rédiger certains actes et à alerter les autorités compétentes.
Comment déposer plainte pour abus de faiblesse concrètement ?
Pour déposer plainte pour abus de faiblesse, tu disposes de plusieurs options. Tu peux te rendre dans n’importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie, quel que soit ton lieu de résidence. Les forces de l’ordre sont tenues de prendre ta plainte et ne peuvent pas refuser. Il est important de te présenter avec le maximum de pièces justificatives pour étayer ta plainte et démontrer les trois éléments constitutifs du délit.
Les preuves essentielles à rassembler concernent d’abord la vulnérabilité de la victime. Les certificats médicaux établissant une maladie, des troubles cognitifs, un handicap ou une faiblesse physique ou mentale sont cruciaux. Si la victime est sous tutelle ou curatelle, les documents officiels attestant de cette mesure de protection prouvent juridiquement sa vulnérabilité. Une carte d’invalidité, des compte-rendus d’hospitalisation, ou des attestations de professionnels de santé peuvent aussi être utiles.
Pour prouver l’acte frauduleux et le préjudice, tu dois fournir les relevés bancaires montrant des retraits importants, des virements suspects, ou des dépenses anormales. Les contrats signés par la victime (ventes, donations, prêts, abonnements) doivent être joints pour démontrer leur caractère défavorable. Les attestations de témoins ayant constaté les pressions exercées sur la victime, les messages ou enregistrements montrant la manipulation, et tout élément prouvant que l’auteur connaissait la vulnérabilité de la victime sont précieux.
Tu peux aussi déposer plainte par courrier recommandé avec accusé de réception au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu où les faits se sont déroulés ou du domicile de la victime. Cette lettre doit être structurée et détaillée, exposant clairement les faits chronologiquement, identifiant l’auteur présumé de l’abus, décrivant la vulnérabilité de la victime avec preuves à l’appui, expliquant en quoi l’acte obtenu est gravement préjudiciable, et chiffrant si possible le préjudice subi (perte financière, préjudice moral).
Si le procureur décide de classer la plainte sans suite parce qu’il estime que les éléments sont insuffisants ou que les faits ne constituent pas une infraction, tu n’es pas sans recours. Tu peux déposer une plainte avec constitution de partie civile directement au greffe du tribunal judiciaire. Cette procédure nécessite obligatoirement l’assistance d’un avocat et le versement d’une consignation (somme d’argent déposée comme garantie). Le juge d’instruction sera alors obligé d’enquêter sur les faits et décidera s’il y a lieu de poursuivre l’auteur présumé.
Quelles sont les sanctions pour abus de faiblesse ?
Les sanctions pénales pour abus de faiblesse sont sévères car ce délit s’attaque à des personnes vulnérables. La peine de base prévue par l’article 223-15-2 du Code pénal est de 3 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende. Cette peine s’applique dans les cas classiques d’abus de faiblesse où une personne exploite la vulnérabilité d’un majeur pour obtenir un acte préjudiciable.
Les peines aggravées s’appliquent dans certaines circonstances particulièrement graves. Si la victime est mineure, les sanctions sont portées à 5 ans de prison et 750 000 € d’amende. Cette aggravation reflète la protection renforcée que la loi accorde aux enfants. Si l’abus de faiblesse est commis par une organisation sectaire ou dans un contexte de dérive sectaire, les mêmes peines aggravées de 5 ans et 750 000 € s’appliquent. Si les faits sont commis en bande organisée ou en cas de récidive, les peines peuvent également être alourdies.
Au-delà des peines principales, le tribunal peut prononcer des peines complémentaires adaptées à la situation. L’interdiction des droits civiques, civils et de famille peut être prononcée pour empêcher l’auteur d’exercer certains droits pendant une durée déterminée. La confiscation des biens obtenus grâce à l’abus de faiblesse permet de restituer à la victime ce qui lui a été soutiré. L’interdiction d’exercer certaines activités professionnelles peut être décidée si l’abus a été commis dans un contexte professionnel. L’obligation de verser des dommages et intérêts à la victime répare le préjudice financier et moral subi.
Pour obtenir cette indemnisation, la victime ou ses proches doivent se constituer partie civile lors du procès pénal. Cette constitution de partie civile permet de demander la réparation du préjudice matériel (argent, biens détournés) et du préjudice moral (souffrance psychologique, atteinte à la dignité). Le tribunal évalue le montant des dommages et intérêts en fonction de l’ampleur du préjudice subi.
En parallèle de l’action pénale, une action civile peut être engagée pour annuler les actes obtenus par l’abus de faiblesse. Les donations, ventes, ou contrats signés sous l’emprise de la manipulation peuvent être annulés par le juge civil si on démontre qu’ils ont été obtenus par abus de faiblesse. Cette action civile permet de rétablir la situation patrimoniale de la victime en annulant les actes préjudiciables.
Il est important de noter que pour que ces sanctions soient prononcées, l’intention frauduleuse de l’auteur doit être prouvée. Il faut démontrer qu’il connaissait la vulnérabilité de la victime et qu’il en a profité consciemment pour obtenir l’acte préjudiciable. C’est là que les preuves rassemblées prennent toute leur importance.
Lorsque l’abus de faiblesse concerne une personne sous protection juridique, consultez nos conseils pour porter plainte contre une curatelle en cas de dysfonctionnement dans cette mesure de protection.
Quels sont les recours pratiques et l’aide disponible ?
Une fois la plainte déposée, une enquête est menée par la police ou la gendarmerie sous la direction du procureur de la République ou du juge d’instruction. Les enquêteurs peuvent effectuer des auditions de la victime, de l’auteur présumé, et des témoins. Des perquisitions peuvent être réalisées pour saisir des documents comptables, des contrats, ou tout élément de preuve. Des expertises médicales peuvent être ordonnées pour établir précisément l’état de vulnérabilité de la victime au moment des faits.
Au terme de l’enquête, si les charges sont suffisantes, l’auteur de l’abus est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour y être jugé. Si les preuves sont insuffisantes ou si l’abus de faiblesse n’est pas caractérisé, une relaxe peut être prononcée. Dans tous les cas, si tu t’es constitué partie civile, tu peux obtenir une indemnisation si la culpabilité de l’auteur est reconnue.
Pour t’accompagner dans ces démarches complexes, plusieurs aides sont disponibles. Un avocat pénaliste spécialisé dans les affaires d’abus de faiblesse est fortement recommandé pour constituer un dossier solide, assurer ta représentation lors des audiences, et maximiser tes chances d’obtenir gain de cause. Si tu n’as pas les moyens de payer un avocat, tu peux demander l’aide juridictionnelle qui prendra en charge tout ou partie des honoraires selon tes ressources.
Les associations d’aide aux victimes comme France Victimes (joignable au 116 006, gratuit) offrent une écoute, des conseils juridiques, un accompagnement psychologique, et une orientation vers les bons interlocuteurs. Ces associations connaissent bien les mécanismes de l’abus de faiblesse et peuvent te guider efficacement dans tes démarches.
Si tu constates des mouvements bancaires suspects sur le compte d’une personne vulnérable, tu peux signaler la situation à la banque qui peut bloquer les opérations douteuses et alerter les autorités. La Banque de France peut également être saisie pour geler un compte en cas de suspicion d’abus grave.
Les services sociaux de ta commune ou de ton département peuvent aussi t’accompagner dans la protection d’une personne vulnérable et te conseiller sur les démarches administratives et judiciaires. N’hésite pas à solliciter ces ressources pour ne pas rester seul face à une situation d’abus de faiblesse.
Porter plainte pour abus de faiblesse est possible et essentiel pour protéger les personnes vulnérables contre l’exploitation et la manipulation. Ce délit puni de 3 ans de prison et 375 000 € d’amende (5 ans et 750 000 € en cas de circonstances aggravantes) peut être signalé par la victime, ses proches, ou tout témoin au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur. Les preuves de la vulnérabilité de la victime, de l’intention frauduleuse de l’auteur et du préjudice subi sont essentielles pour appuyer la plainte. Une action civile parallèle permet d’annuler les actes obtenus par l’abus et d’obtenir une indemnisation. Si tu constates un abus de faiblesse, n’hésite pas à contacter France Victimes au 116 006 ou à consulter un avocat spécialisé pour agir rapidement et efficacement dans l’intérêt de la personne vulnérable.













