Comprendre la fin de Il reste encore demain

Femme italienne déterminée dans une rue romaine, illustrant la résilience et l'espoir dans Il reste encore demain.

Il reste encore demain, sorti en Italie le 18 octobre 2023, a dépassé les 5 millions d’entrées et s’est imposé comme un phénomène culturel. Ce premier long métrage de Paola Cortellesi, tourné en noir et blanc et situé dans la Rome de 1946, mêle chronique familiale, dénonciation des violences conjugales et réflexion sur l’émancipation féminine. La fin concentre l’essentiel des débats critiques, car elle repose sur un twist qui reconfigure le sens de plusieurs scènes vues plus tôt.

Femme italienne déterminée dans une rue romaine, illustrant la résilience et l'espoir dans Il reste encore demain.

Les sources mobilisées pour éclairer ce dénouement proviennent des données de production, des résumés factuels rapportés par Wikipédia et le Ciné-club de Caen, ainsi que d’analyses publiées par France Culture, Genre-Écran, EcranLarge, Benzine et Avoir-alire. Les éléments retenus concernent la chronologie finale, la fonction de la lettre, les indices de mise en scène et les principales lectures critiques. Le tableau qui suit rassemble ces pistes avant le détail des sections, pour aller plus loin.

Piste d’analyse Ce qu’elle montre Élément du film Portée
Le twist final La fin déplace l’attente d’une fuite intime vers un geste civique La destination réelle de Delia Lecture politique et féministe
La lettre Elle agit comme déclencheur concret du mouvement final Le message reçu par Delia Passage de la survie à l’action
Les scènes de violence Elles montrent la banalisation du patriarcat ordinaire Gifle inaugurale et séquences chorégraphiées Motif préparatoire du refus final
Marcella et Giulio Le couple de la fille reproduit le modèle de domination Menace de Giulio et projet de fiançailles Alerte sur la transmission sociale
La dernière séquence Elle ouvre un horizon plus collectif que sentimental Le choix final de Delia Espoir limité mais concret

🔍 À RETENIR

✅ LE SENS DU DÉNOUEMENT


  • Fausse piste narrative : le film laisse croire à une échappée personnelle, notamment par la présence de Nino et la perspective de la Lombardie, puis requalifie cette attente dans les dernières minutes

  • Ancrage historique : l’action se situe en 1946, année où les Italiennes participent pour la première fois au vote national, ce qui donne au final une portée civique précise

  • Décision de Delia : le choix final ne supprime ni la pauvreté ni la violence, mais il marque une rupture dans l’acceptation passive de l’ordre domestique

  • Lecture critique divisée : certaines sources saluent un geste d’émancipation, tandis que Benzine juge la résolution plus ambiguë et discutable dans sa construction

🌐 RESSOURCES POUR AFFINER LA LECTURE

🔹 FRANCE CULTURE

L’entretien avec Paola Cortellesi aide à comprendre la gifle inaugurale, pensée comme point de départ narratif et politique du film

🔸 GENRE ÉCRAN

Cette analyse relie la fin aux débats italiens sur les violences faites aux femmes et rappelle les chiffres UE 2020, dont une femme sur trois concernée par des violences physiques et/ou sexuelles après 15 ans

🔹 BENZINE

La critique met l’accent sur les réserves liées au mélange des tons, à la chorégraphie de la violence et au caractère jugé manipulateur du twist final

⚠️ POINT DE VIGILANCE SUR L’INTERPRÉTATION

Le dénouement n’apporte pas une libération totale. Les sources convergent sur le fait que Delia ne renverse pas instantanément sa condition, mais pose un acte fondateur. La fin gagne à être lue à la fois comme un geste politique concret et comme un horizon volontairement incomplet.

Que signifie la fin du film il reste encore demain ?

La fin de Il reste encore demain transforme le film en récit d’accès à la citoyenneté autant qu’en drame familial. Pendant une large partie du récit, la mise en scène semble orienter Delia vers une sortie privée, soit par la fuite, soit par l’aide d’un homme extérieur comme Nino, ancien partisan, ou William, soldat afro-américain. Le dénouement déplace pourtant l’enjeu. La dernière trajectoire de Delia ne vise pas d’abord une romance ni une évasion géographique, mais un acte civique lié à l’Italie de 1946, dans le contexte du premier vote national ouvert aux femmes. Ce point donne au twist une base historique solide, et non un simple effet dramatique. Pour aller plus loin, la chronologie des dernières scènes permet de mesurer précisément ce basculement.

Paola Cortellesi, qui signe ici sa première réalisation, inscrit ce final dans une œuvre de 118 minutes pensée comme un dialogue entre passé et présent. Les critiques favorables y voient une affirmation nette de l’émancipation. Genre-Écran parle d’un succès extraordinaire, tandis que Benzine souligne une ambiguïté possible, entre avertissement adressé aux hommes et risque de résignation. Cette divergence critique vient du fait que le film ne montre pas une victoire immédiate. Il montre plutôt un premier déplacement de pouvoir, limité mais visible, dans un cadre social où la violence conjugale reste banalisée. Pour aller plus loin, l’ordre exact des événements éclaire la logique du dénouement.

La chronologie des derniers événements expliquée

La chronologie finale repose sur une série de fausses attentes construites par le scénario. D’abord, Delia subit encore l’emprise d’Ivano et le poids économique du foyer. Ensuite, la situation de Marcella renforce l’urgence, car les fiançailles avec Giulio menacent de reproduire le même schéma de domination. Le film a auparavant montré que Giulio peut déjà se révéler menaçant, ce qui fait de la trajectoire de la fille un miroir anticipé de celle de la mère. Delia agit alors sur plusieurs fronts, notamment en perturbant l’image de respectabilité de la future belle-famille, dans une mécanique que certaines critiques jugent peu crédible. Pour aller plus loin, la décision finale de Delia demande un examen séparé.

Le montage des dernières minutes entretient volontairement l’idée d’un départ. Les éléments associés à Nino, à la lettre et aux préparatifs matériels laissent penser à une fuite. Puis le film révèle que la destination véritable correspond à un geste politique collectif. Cette réorientation explique le caractère de twist souvent mentionné dans la presse, sans relever d’un simple retournement gratuit. Elle repose sur le contexte historique de l’après-guerre et sur l’entrée des femmes dans l’espace civique. Ce procédé a cependant divisé la critique française. Benzine parle d’un scénario manipulateur, alors qu’EcranLarge insiste davantage sur l’efficacité du dispositif. Pour aller plus loin, les deux sous-sections suivantes détaillent la logique interne de cette bascule.

Pourquoi Delia prend-elle la décision finale

Delia prend sa décision après une accumulation de contraintes très concrètes, et non après une révélation soudaine. Le film montre la violence d’Ivano, la pauvreté du foyer, la présence écrasante du beau-père Ottorino et la menace d’une répétition sociale pour Marcella. Ces éléments installent une logique de saturation. La décision finale répond aussi à un cadre historique précis, celui de 1946, quand le vote des femmes devient une réalité nationale en Italie. La lettre intervient alors comme déclencheur pratique d’une possibilité d’action qui dépasse la simple survie quotidienne. Pour aller plus loin, la dernière scène permet d’observer comment ce choix se matérialise.

Comment interpréter la dernière scène de il reste encore demain ?

La dernière scène se lit d’abord comme une reconquête de présence publique. Delia ne résout pas tout, mais elle cesse de rester enfermée dans le seul espace domestique. Cette lecture rejoint le projet annoncé par plusieurs analyses féministes, qui voient dans le film une œuvre d’émancipation populaire. Les données de réception renforcent ce poids symbolique, puisque le film a dépassé 5 millions d’entrées en Italie et obtenu le Ruban d’argent 2024 du film de l’année. D’autres lecteurs jugent toutefois cette scène trop démonstrative ou trop écrite. Le sens du plan final dépend donc d’un équilibre entre symbole politique et observation sociale inachevée. Pour aller plus loin, la lettre mérite une analyse spécifique.

La lettre finale est-elle réelle ou symbolique ?

La lettre fonctionne d’abord comme un objet réel dans le récit. Les résumés factuels signalent qu’elle pousse progressivement Delia à réagir, ce qui lui donne une valeur narrative concrète. Elle n’est donc pas un simple signe abstrait plaqué sur le film. Toutefois, sa portée dépasse sa matérialité. Le message reçu ouvre un rapport nouveau au temps, à l’avenir et à la possibilité d’un choix personnel dans un univers dominé par les injonctions familiales. Cette double fonction, pratique et symbolique, explique pourquoi tant de commentaires critiques reviennent sur elle. Pour aller plus loin, il faut distinguer son rôle immédiat dans l’intrigue de sa valeur métaphorique.

Le film en noir et blanc renforce cette ambiguïté de la lettre par une mise en scène très stylisée. Les critiques évoquent des travellings, une photographie élégante et des musiques contemporaines anachroniques, choix qui éloignent parfois le récit du pur naturalisme. Avec un budget rapporté de 5 millions d’euros, Paola Cortellesi construit un objet populaire mais très composé. La lettre s’inscrit dans cette logique. Elle guide l’action, tout en incarnant une promesse d’ouverture que Delia n’avait jamais possédée jusque-là. Cette ambivalence nourrit la richesse du final autant que les réserves de certains critiques sur le caractère appuyé du symbole. Pour aller plus loin, les deux sous-parties suivantes précisent ces deux niveaux de lecture.

Le rôle de la lettre dans le dénouement

Le rôle narratif de la lettre consiste à orienter les gestes de Delia et à donner une cohérence aux derniers préparatifs. Sans elle, la tension finale perdrait une partie de sa structure. Elle sert aussi à détourner le regard du spectateur vers une hypothèse de fuite intime, avant la révélation du véritable enjeu. Dans cette perspective, la lettre soutient le twist final de manière très concrète. Les sources factuelles ne la décrivent pas comme un pur fantasme. Elles la présentent comme un moteur de l’action, lié à l’évolution de Delia dans la dernière partie du film. Pour aller plus loin, sa dimension métaphorique complète cette fonction de déclencheur.

La métaphore de la lettre et de l’avenir

Sur le plan symbolique, la lettre représente un accès à un futur que Delia ne subit plus entièrement. Elle matérialise la possibilité d’une adresse venue de l’extérieur, donc d’un monde qui ne se réduit pas au foyer violent. Cette lecture s’accorde avec le titre original C’è ancora domani, qui place l’idée de lendemain au centre du sens. Le film ne promet pas une réparation immédiate. Il ouvre un avenir fragile, lié à la transmission entre femmes et à l’entrée dans la citoyenneté. Cette nuance explique pourquoi la lettre peut être perçue à la fois comme un outil de scénario et comme une métaphore du possible. Pour aller plus loin, les scènes annonciatrices rendent ce mouvement plus visible.

Quelles scènes annoncent directement le dénouement ?

Plusieurs scènes préparent la fin sans la dévoiler. La plus citée reste la gifle inaugurale, que Paola Cortellesi a présentée, selon France Culture, comme point de départ du film. Cette ouverture fixe immédiatement le cadre, celui d’une violence intégrée au quotidien. D’autres scènes prolongent cette logique, notamment celles où l’agression apparaît sans grands éclats sonores, sans cris ni larmes spectaculaires. Ce choix formel souligne la banalisation de la domination, et prépare la nécessité d’un geste de rupture. Les rapports entre Marcella et Giulio jouent aussi ce rôle, car ils montrent que l’histoire de Delia risque de se répéter à l’identique. Pour aller plus loin, les indices disséminés dans le récit méritent d’être isolés.

Le rôle des personnages secondaires sert également d’annonce indirecte. William, le soldat afro-américain, remarque les bleus de Delia, lui offre du chocolat puis propose son aide. Nino, ancien partisan et mécanicien, offre une autre issue possible, tournée vers la Lombardie. Ces deux figures créent des lignes de fuite. Pourtant, le film ne les traite pas comme des solutions définitives. Il s’en sert pour montrer que la libération ne passe pas seulement par un sauveur masculin. Ce déplacement rejoint la portée politique de la dernière séquence. Les critiques restent partagées sur la crédibilité de certains enchaînements, mais la fonction préparatoire de ces scènes ressort clairement. Pour aller plus loin, les sous-sections suivantes détaillent les annonces les plus nettes.

Les indices disséminés qui préparent le dénouement

Les indices tiennent moins à des objets cachés qu’à des répétitions de situations. Le film associe constamment Delia à des gestes de service, à la circulation dans la ville et à une fatigue sociale sans issue. Cette mobilité contrainte prépare la mobilité choisie de la fin. La menace de Giulio envers Marcella agit aussi comme un signal direct, car elle montre que l’ordre patriarcal se reproduit d’une génération à l’autre. Même la machination contre la belle-famille, discutée par certains critiques, annonce la capacité nouvelle de Delia à intervenir sur le cours des choses. Pour aller plus loin, la scène inaugurale concentre une grande partie de ces éléments.

Signification de la scène inaugurale et lien avec la fin

La scène inaugurale donne la clef du film. La gifle initiale ne sert pas seulement à choquer. Elle établit un système de rapports où la violence masculine constitue la norme, dans la maison comme dans l’espace social. La fin n’efface pas cette norme, mais elle lui oppose un premier acte de désobéissance visible. Ce lien entre ouverture et clôture explique la cohérence du récit, malgré les changements de ton souvent signalés dans la critique. Le choix du noir et blanc, les mouvements de caméra et les séquences chorégraphiées encadrent ce trajet formellement. Pour aller plus loin, la question des enfants, et surtout de Marcella, prolonge cette lecture du dénouement.

La fin laisse-t-elle un espoir pour les enfants de Delia ?

L’espoir pour les enfants reste mesuré mais réel. Le film ne montre pas une transformation miraculeuse du foyer. Il suggère plutôt qu’un geste de Delia peut interrompre la transmission mécanique de la soumission, surtout pour Marcella. Le point central tient à la lucidité nouvelle portée sur les fiançailles et sur la violence masculine. Dans ce cadre, la fin propose moins une solution matérielle qu’un déplacement de regard. Cette orientation correspond au ton général du film, entre drame social et geste d’affirmation politique. Les données de contexte lui donnent un relief contemporain, puisque Genre-Écran rappelle, à partir de l’enquête UE 2020, qu’une femme sur trois a subi des violences physiques et/ou sexuelles après 15 ans. Pour aller plus loin, le sort d’Ivano aide à mesurer les limites de cet espoir.

Marcella représente le principal enjeu d’avenir. Si Delia agit, c’est aussi pour éviter que sa fille n’entre dans une union qui reproduise son propre enfermement. Le film ne garantit pas une émancipation complète, mais il montre que la répétition sociale n’est plus totalement invisible. Cette nuance compte. Elle explique pourquoi certains critiques parlent d’un film revigorant et populaire, tandis que d’autres y voient une solution incomplète. La fin maintient donc une tension entre l’espérance et la continuité de la domination. Cette tension participe de sa force comme de ses limites. Pour aller plus loin, le devenir d’Ivano complète l’équilibre général du dénouement.

Que devient Ivano à l’issue du film ?

Ivano ne connaît pas de renversement spectaculaire à l’issue du film. Les éléments disponibles ne signalent ni punition exemplaire ni conversion morale nette. Ce choix renforce le réalisme social du dénouement. Le patriarcat ne disparaît pas avec une seule décision de Delia. Valerio Mastandrea, souvent salué par la critique pour son interprétation, incarne justement cette continuité de la brutalité ordinaire. La fin déplace donc le centre de gravité. Elle ne cherche pas d’abord à transformer Ivano, mais à modifier la position de Delia face à l’ordre qu’il représente. Pour aller plus loin, une interprétation alternative de la dernière séquence permet de mesurer la part d’ambiguïté laissée par le film.

Interprétation alternative de la dernière séquence

Une lecture alternative consiste à voir la dernière séquence moins comme une victoire que comme un compromis narratif. Selon cette approche, le film privilégie un symbole collectif fort, mais laisse intactes de nombreuses contraintes matérielles. Cette réserve apparaît dans certaines critiques françaises. Eric, sur Benzine, écrit que la liste des maladresses du film est longue, malgré l’efficacité générale de la projection. À l’inverse, Sebmagic évoque une poésie dramatique très marquante, tandis que Genre-Écran salue le succès du film sous un angle féministe. Cette polarisation montre que la fin agit différemment selon l’importance accordée au symbole ou à la vraisemblance sociale. Pour aller plus loin, il faut garder ensemble ces deux niveaux de lecture.

La dernière séquence peut donc se lire comme un acte politique fondateur, mais aussi comme une conclusion volontairement inachevée. Cette double lecture n’annule pas le film. Elle explique sa réception contrastée entre triomphe populaire en Italie et réticences d’une partie de la critique française. Sorti en France en mars 2024 après son lancement italien d’octobre 2023, le film reste lié à des débats contemporains sur les violences faites aux femmes et sur la manière de les représenter. Le dénouement gagne ainsi à être compris comme un point d’ouverture, pas comme une résolution totale. Pour aller plus loin, les éléments essentiels se dégagent nettement dans le bilan final.

Il reste encore demain fait de sa fin un basculement du privé vers le politique, en liant le destin de Delia au contexte du vote des femmes en 1946. La lettre agit comme moteur concret et comme signe d’avenir, tandis que les scènes de violence et la menace qui pèse sur Marcella préparent ce choix. La valeur du dénouement dépend enfin de la lecture retenue, entre acte d’émancipation limité et symbole volontairement incomplet.

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