Memories of Murder (2003) est le deuxième film de Bong Joon-ho et reste, pour beaucoup, son meilleur long-métrage. Ce thriller policier coréen suit l’enquête sur une série de meurtres en série qui ont terrorisé la ville de Hwaseong dans les années 1980. Porté par Song Kang-ho dans le rôle de l’inspecteur Park, le film se distingue par son approche réaliste d’une affaire criminelle non résolue qui a hanté la Corée du Sud pendant des décennies.
Contenus de l'article
ToggleContrairement aux films de tueurs en série hollywoodiens qui offrent généralement une résolution satisfaisante, Memories of Murder choisit délibérément une fin ambiguë qui reflète la réalité de l’affaire. Cette conclusion frustrante mais terriblement efficace a marqué le cinéma coréen et international. Plus troublant encore, la vraie affaire qui a inspiré le film a connu un dénouement inattendu en 2019, seize ans après la sortie du film. Décryptage complet de cette fin qui regarde le spectateur droit dans les yeux.
| Aspect | Révélation |
|---|---|
| Affaire réelle | Meurtres en série de Hwaseong (1986-1991) |
| Victimes | 10 femmes âgées de 14 à 71 ans |
| Suspects | Plus de 21 000 personnes interrogées sans résultat |
| Fin du film | L’inspecteur Park regarde la caméra, le tueur court toujours |
| Résolution réelle | Lee Chun-jae avoue les crimes en 2019 |
| Message de Bong | Le tueur était probablement dans la salle de cinéma |
L’affaire réelle derrière Memories of Murder

L’histoire vraie qui inspire Memories of Murder reste l’une des plus sombres de l’histoire criminelle coréenne. Entre 1986 et 1991, un tueur en série a assassiné dix femmes dans la région rurale de Hwaseong, au sud de Séoul. Les victimes, dont l’âge variait de 14 à 71 ans, ont été retrouvées dans des conditions atroces. Cette zone agricole tranquille n’avait jamais été confrontée à une telle violence et n’a heureusement jamais connu pareille horreur depuis.
L’enquête a mobilisé des millions d’heures de travail policier et interrogé plus de 21 000 suspects potentiels sans jamais identifier le coupable. Lorsque Bong Joon-ho réalise son film en 2003, l’affaire reste un mystère complet. Le réalisateur a passé six mois à rechercher les détails de l’affaire avant même de commencer à écrire son scénario, ce qui témoigne de son implication profonde dans le sujet.
Plutôt que d’inventer une solution fictive, Bong choisit de respecter l’ambiguïté de la réalité. Le scénario fictionnalise certains éléments mais conserve d’autres détails presque à la lettre, notamment les dates et lieux de certains meurtres. Cette fidélité au flou de l’enquête réelle donne au film une authenticité glaçante.
La quête désespérée des inspecteurs
Tout au long de Memories of Murder, l’inspecteur Park incarné par Song Kang-ho recourt à des pratiques extravagantes et illégales pour tenter de coincer le tueur. Il falsifie des preuves, bat des suspects pour leur arracher des aveux, arrêtant quiconque correspond vaguement au profil du meurtrier. Face à lui, l’inspecteur Seo (Kim Sang-kyung), plus méthodique et rationnel, innocente systématiquement ces suspects grâce à un véritable travail d’enquête légitime.
Le contraste entre ces deux approches crée une tension dramatique qui reflète les méthodes policières contestables de l’époque en Corée du Sud. Park représente l’ancienne école, celle qui croit que la fin justifie les moyens. Seo incarne la police scientifique moderne qui s’appuie sur des preuves tangibles plutôt que sur l’intuition ou la brutalité.
Lorsque les deux inspecteurs finissent par s’accorder sur un suspect idéal, celui-ci est innocenté au dernier moment par une analyse ADN. Ce coup de théâtre provoque l’effondrement de Seo, qui craque nerveusement, et pousse Park à démissionner. Sans autres pistes viables, ils ne sont pas plus avancés qu’au début de leur enquête. L’échec est total et démoralisant.
La scène finale qui glace le sang

La dernière séquence de Memories of Murder, plusieurs années après les événements, compte parmi les plus marquantes du cinéma contemporain. Park a quitté la police et mène désormais une vie ordinaire comme commercial, avec femme et enfants. Un jour, un déplacement professionnel le conduit près du lieu où le premier corps avait été découvert.
Incapable de résister, Park se rend sur les lieux. Son visage trahit que l’affaire continue de le hanter. Une jeune fille lui révèle alors qu’un autre homme était venu observer ce même endroit un peu plus tôt. Park réalise instantanément : le tueur court toujours et revient sur les lieux de ses crimes.
C’est alors que survient le moment le plus troublant du film. Park se retourne lentement et regarde directement la caméra, fixant le spectateur droit dans les yeux. Ce regard brise le quatrième mur de manière glaçante, comme si Park avait repéré son ennemi dans la salle de cinéma, en train de regarder la reconstitution de ses crimes.
Bong Joon-ho a expliqué qu’il était persuadé que le véritable tueur verrait probablement le film, et qu’il voulait qu’il ressente cette confrontation, ce moment où il croiserait le regard de celui qui l’a poursuivi. Cette intuition du réalisateur s’est révélée prophétique d’une manière qu’il n’aurait jamais pu imaginer.
La résolution surprise de 2019
En 2019, alors que Bong Joon-ho faisait la tournée des festivals avec son film Parasite (qui allait remporter l’Oscar du meilleur film), l’affaire de Hwaseong a connu un rebondissement spectaculaire. Un homme nommé Lee Chun-jae, déjà emprisonné pour un autre meurtre sans lien avec l’affaire, a avoué l’ensemble des dix assassinats.
Plus troublant encore, Lee a déclaré avoir vu Memories of Murder trois fois en salle et n’avoir « rien ressenti » en regardant les versions simulées de ses actes horribles. Cette révélation confirme l’intuition de Bong : le tueur était effectivement dans le public, peut-être même dans cette salle où Park le fixait du regard à travers l’écran.
Les réflexions de Bong sur cette résolution tardive mais bienvenue ont été intégrées aux suppléments du Blu-ray Criterion sorti en 2021. Ainsi, bien que le film se termine de façon ambiguë, les bonus offrent une forme de clôture pour ceux qui souhaitent connaître la suite de l’histoire réelle.
Pourquoi les fins ambiguës fonctionnent pour les affaires réelles
Memories of Murder partage cette approche avec d’autres films basés sur des affaires non résolues, notamment Zodiac de David Fincher. Ce dernier, sorti en 2007, suit également une enquête infructueuse sur un tueur en série ayant terrorisé San Francisco dans les années 1960-70. Le film laisse ses trois héros (Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo et Robert Downey Jr.) sans résolution satisfaisante, reflétant la frustration réelle des enquêteurs et des familles des victimes.
Contrairement au succès de Seven, Zodiac a été un échec commercial à sa sortie, peut-être parce que le public attendait le même type de frissons sombres. Mais Fincher cherchait autre chose : la vérité, même frustrante. Avec le temps, le film a gagné en reconnaissance et beaucoup le considèrent désormais comme l’un de ses meilleurs.
La différence fondamentale avec des films entièrement fictifs comme The Little Things (2021) avec Denzel Washington et Rami Malek, c’est que le public accepte difficilement une fin ouverte quand tout est inventé. Dans ce thriller, le suspect joué par Jared Leto n’est jamais formellement identifié comme le tueur, laissant planer le doute. Cette conclusion a été massivement détestée par les spectateurs, précisément parce qu’il n’y avait aucune raison narrative de ne pas fournir de réponse.
Avec les films basés sur des affaires réelles non résolues comme Memories of Murder ou Zodiac, la fin ambiguë reste la seule approche honnête et respectueuse. Au moment de leur production, les véritables enquêtes n’avaient toujours pas de réponses. Inventer une solution aurait été malhonnête envers les victimes et leurs familles.
L’impact des films sur les enquêtes réelles

Ces films sur des affaires non élucidées peuvent sembler déplacés, surtout quand des familles endeuillées cherchent encore des réponses. Mais ils génèrent aussi un intérêt renouvelé pour les véritables histoires, ce qui peut indirectement aider à les résoudre.
Les documentaires sur les Trois de West Memphis ont par exemple permis de réunir à la fois l’intérêt public et les fonds nécessaires pour engager des avocats capables de libérer des innocents. De même, la carrière fulgurante de Bong Joon-ho a contribué à maintenir l’affaire de Hwaseong dans la mémoire collective. Chaque fois qu’il gagnait de nouveaux fans avec des films comme The Host ou Snowpiercer, davantage de personnes découvraient Memories of Murder et cherchaient des informations sur le véritable tueur.
Ces films peuvent sembler plus terrifiants quand ils se terminent sur un point d’interrogation, mais s’ils conduisent indirectement à de vraies réponses grâce à des détectives amateurs ou des enquêteurs d’autres régions inspirés par ces œuvres, alors ils méritent d’exister. Réservons les fins hollywoodiennes aux histoires entièrement fictives inventées par leurs scénaristes.
Meta Title :
Meta Description :
4 Alt Text optimisés SEO :
- Song Kang-ho dans le rôle de l’inspecteur Park regardant la caméra dans Memories of Murder de Bong Joon-ho
- Scène d’interrogatoire brutal dans Memories of Murder film coréen sur les meurtres de Hwaseong
- L’inspecteur Park sur les lieux du crime dans la scène finale de Memories of Murder
- Affiche du film Memories of Murder de Bong Joon-ho basé sur une affaire réelle non résolue












